Alain Walther | 25.02.2009 | 00:04
Communiquer sur internet, c’est l’enfance de l’art pour Paul*, prof d’informatique dans un centre de formation pour adultes. A 40 ans, une épouse et trois enfants, ce formateur lausannois se retrouve devant la justice pour avoir collaboré avec une mafia installée en Europe de l’Est.
L’année dernière, Paul perd son job. Alors, il place son curriculum vitae sur deux sites internet consacrés à la recherche d’emplois. Cela ne le mène pas bien loin, Paul ne trouve pas d’emploi fixe mais une certaine Kate W., directrice d’une association caritative (la soi-disant Happy Children) installée à Varsovie, lui fait une offre. Pas juteuse, mais intéressante quand même: 5% de commission sur tous les fonds qui transiteront sur le compte postal de Paul. Charge à ce dernier de répartir la somme reçue par des pseudo-donateurs après avoir pris sa commission. Happy Children lui fournit une liste de bénéficiaires ukrainiens. Paul utilise une entreprise de transferts de fonds pour permettre à l’argent d’arriver plus vite sur place pour venir en aide aux enfants déshérités.
Banque cyberdétroussée
«Le site internet était très bien fait, l’idée généreuse, raconte le Vaudois. J’ai signé le contrat sans me poser de questions.» D’ailleurs, cela marche du premier coup. Paul traîne un peu avant d’agir. Kate Wilson s’empresse de le relancer par téléphone. «Qu’attendez-vous pour envoyer l’argent?» s’impatiente la patronne de Happy Children. Le Vaudois s’exécute et empoche sa commission.
Le deuxième acte est un peu plus douloureux. «Un matin à 6 h, quatre policiers ont frappé à ma porte. Les enfants ont paniqué, mon épouse a vu rouge, raconte l’informaticien, et je me suis retrouvé au poste.» Paul est soupçonné d’être un receleur, de travailler pour une association de malfaiteurs chargée de blanchir de l’argent. D’ailleurs, une banque du Luxembourg, attaquée par des cybercriminels, a la preuve que 6000 euros détournés ont atterri sur son compte. Faisant preuve de sa bonne foi, le Vaudois n’a pas été inculpé par la justice, mais il risque de devoir rembourser les 6000 euros (9000 francs) à la banque luxembourgeoise, qui ne lâche pas son os.
Actuellement, deux autres Vaudois sont inquiétés pour le même genre d’affaires. La première personne, comme Paul, a pu faire preuve de sa bonne foi. La deuxième a accepté de transférer de l’argent à plusieurs reprises sans se poser de questions. Il n’échappe pas, lui, à l’inculpation.
Qui est Kate?
«Ils ont pensé à tout, ont trop bien monté leur coup, et sont trop efficaces. Nous sommes probablement en présence d’une association travaillant pour une mafia de l’internet, en fait les serviteurs d’arnaqueurs en amont», estime Jean Treccani, suppléant du juge d’instruction cantonal. Selon le magistrat, les «mules» ne sont utilisées qu’une fois. Il est certain qu’une arnaque aussi sophistiquée a été mise sur pied pour recruter plus d’un gogo.
En juin dernier, Happy Children avait, par courriels, déjà bombardé de propositions la région genevoise. La police s’en était inquiétée. Selon un site anglais (www.bobbear.co.uk) spécialisé dans la dénonciation du blanchiment d’argent via internet, Happy Children est l’avatar du tout aussi bidon Happy Kids. Mais qui est Kate? En fait, elle n’existe pas. «C’était juste une voix qui parlait anglais au bout d’une mauvaise ligne téléphonique», raconte Paul.
*Prénom modifié par la rédaction
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