Elles sont étudiantes, sans emploi, ou encore jeunes actives. Elles ont besoin de financer un projet, de se loger ou sont désireuses de s’enrichir pour avoir un train de vie plus confortable. Elles décident alors de se tourner vers lasolution controversée de la prostitution.
Le phénomène n’est pas nouveau,certes. Mais il a tendance à prendre de l’ampleur. Depuis l’émergence du net, il existe des sites spécialisés dans ce que l’on appelle officiellement« l’escorting ». Il suffit de taper « escort girl » dans un moteur de recherche pour découvrir un listage surprenant (plus de 420 000 résultats en français dans google), de sites évoquant ce métier ou proposant les services de ces jeunes femmes. Il suffit aussi de découvrir le contenu d’un de ces sites pour se rendre compte que plus qu’à de l’escorting dit « traditionnel » (accompagnement à un dîner d’affaire, compagnie pour une soirée…), c’est bel et bien à de la prostitution que nous avons affaire. Les prestations ne sont pas toujours annoncées (une façon de se dissimuler et de contourner la loi qui interdit toute forme de racolage), mais les tarifs sont explicites. Ce qui est nouveau aussi, c’est l’arrivée dans ce domaine de très jeunes femmes qui n’auraient certainement pas eu recours à cette activité sans le net. « Je ne me vois pas faire du racolage dans la rue, aux yeux de tous […] je suis de nature timide et l’utilisation d’Internet me permet de franchir un cap que je n’aurais jamais osé franchir autrement », déclare Salomé, 19 ans, étudiante en lettres à Paris. « J’avais besoin d’argent, j’ai un peu surfé sur le net et j’ai vite été tentée par cette solution, je n’y aurais pas vraiment pensé autrement. Les sites annoncent des gains qui peuvent aller jusqu’à 5000 euros par semaine, c’est très tentant… », nous dit-elle aussi, comme pour se justifier.
Certaines associations luttant entre autres contre la banalisation de la prostitution accusent le net. « Il n’y a pas un phénomène de prostitution étudiante spécifique en France. Il y a par contre un phénomène de prostitution occasionnelle, souterraine, clandestine, favorisé par le Web », déclare un membre de l’Institut National de la Prostitution. La libre interaction entre les internautes, l’absence ou le manque de contrôle des contenus faciliterait donc cette activité ainsi que la multiplication des réseaux. Aussi, les créateurs ou même les hébergeurs de sites d’escorting sont souvent montrés du doigt. Ils assureraient, par leurs services (souvent payant), une incitation, voire un commerce de la prostitution. La frontière avec le proxénétisme est alors très mince. Ce qui pose problème en matière de jurisprudence car les responsabilités des hébergeurs de site Internet n’ont jamais vraiment été définies par la loi. Quant aux créateurs de sites, il faut différencier ceux qui organisent eux-mêmes un vrai réseau de prostitution et ceux qui proposent à des escorts indépendantes de se référencer sur leur site. En général, seuls les réseaux sont condamnés s’ils sont démantelés. «Il y a clairement une tolérance des autorités envers la prostitution sur le Net», dénonce Jeannine Mossuz-Lavau, chercheuse au centre de recherches politiques de sciences po (CEVIPOF). «La prostitution sur Internet, ça ne gêne pas le riverain.»
Alors qu’une prostituée de rue a été agressée puis tuée rue Saint Denis à Paris il y a quelques jours, la prostitution via Internet pourrait sembler plus sécurisée pour les jeunes femmes se lançant dans cette activité. Néanmoins, certains témoignages infirment. « Je me sentais protégée derrière l’écran, mais c’était un leurre, car au rendez-vous, j’étais toute seule et personne ne pouvait m’aider », déclare Laura D dans son livre autobiographique mes chères études. Étudiante, 19 ans, job alimentaire : prostituée, paru en janvier 2008 aux éditions Max Millo. En effet, Internet isole. La discrétion tellement désirée peut se transformer en véritable cauchemar dans certaines circonstances. « Les filles sont livrées à elles-mêmes, personne dans leur entourage n’est au courant de leurs agissements. Dans la rue, les prostituées ont au moins le bénéfice de se connaître et de s’entraider entre elles. Elles savent où et avec qui elles sont », avoue Bernard, un client (appelé punter dans le jargon de l’escorting). Des témoignages qui plus que jamais conduisent à réfléchir sur les dérives et les dangers du net.
M.S
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