Acquisition stratégique pour Free (Iliad) : d'après nos informations, l'opérateur a conclu ce week-end le rachat d'Alice, le fournisseur d'accès Internet, filiale de Telecom Italia en France. Le prix payé par Free serait aux alentours de 800 millions d'euros. Mais, en réalité, grâce à de nombreuses clauses d'ajustement, le prix réel serait beaucoup moins élevé. À l'origine, les Italiens en réclamaient 1,2 milliard. Très peu endetté, Free devrait financer l'opération entièrement par recours à la dette. La transaction est désormais soumise à l'accord du comité d'entreprise et aux autorités de concurrence.
C'est la première grosse acquisition pour la société contrôlée par Xavier Niel, qui, plutôt économe de ses deniers, a toujours privilégié la croissance interne en dehors de quelques rachats de petite taille (OneTel, Carrier 1, Citefibre, Kertel…). Mais, cette fois, l'occasion était trop belle.
Premièrement, Alice est le dernier fournisseur indépendant, après la cascade de rachats intervenus au cours des années passées. En mettant la main sur les 954 000 abonnés, Free retrouve sa place de numéro deux d'Internet en France, derrière Orange mais devant son rival Neuf Cegetel, qui lui avait ravi sa place de dauphin l'an dernier.
Cette opération conforte Free comme numéro un des opérateurs alternatifs français. À eux deux, Free et Alice détiennent 26 % de parts de marché, avec une base d'abonnés proche de 4 millions, contre 21,5 % pour Neuf-SFR. Or la taille de la base d'abonnés est déterminante dans les télécoms. Sans compter que l'acquisition d'Alice devrait améliorer le retour sur investissements de Free dans ses projets de développement : l'accès très haut débit par la fibre, la constitution d'un opérateur mobile et sur ses partenariats audiovisuels.
Quant au câblo-opérateur Numericable, autre prétendant, il ne serait pas parvenu à réunir le financement nécessaire au rachat d'Alice dans un marché où les conditions de crédit sont devenues extrêmement tendues. Free restait donc seul en piste… avec la capacité d'imposer ses conditions.
Peu endetté, Free semble avoir les moyens de racheter Alice sans obérer sa marge de manœuvre sur les chantiers à venir comme la fibre ou le mobile. La dette contractée pour le rachat devrait en effet être vite remboursée grâce à la mise en place des synergies et à l'utilisation de déficits reportables. En effet, le rachat d'Alice va permettre à Free de dégager des revenus supplémentaires tout en économisant des coûts. Enfin, Free pourra bénéficier des importants déficits fiscaux d'Alice.
Reste cependant à réussir la fusion. Ce n'est jamais facile. Bien connu pour son côté technophile et novateur, Free va devoir prouver qu'il sait aussi gérer les aspects sociaux, toujours délicats. Alice compte 1 440 salariés, et ses syndicats avaient appelé à la grève fin mai, afin d'obtenir la discussion d'un volet social dans la perspective de la vente. Pour Free, qui compte 3 000 salariés, c'est sans conteste un tournant. L'entrée dans la cour des grands.
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