« Je n'ai de cesse de rappeler aux parents les dangers d'Internet et notamment des jeunes qui se retrouvent devant leur écran sans information, sans prévention, et donc en contact avec des pédophiles potentiels ». Du Nadine Morano dans le texte : fantasmes, caricatures du style « La France a peur ». Tout jeune devant un écran sans information, sans prévention serait en contact avec un « pédophile potentiel ».
Etonnamment, notre sarko-dépendante secrétaire d’Etat à la Famille ne s’explique pas sur l’obscur concept du « pédophile potentiel ». A ce titre, on remarquera que le concept de « potentiel » est très tendance chez les proches de Sarkozy. Entre Frédéric Lefebvre qui souhaite traquer dès la prime enfance les « délinquants potentiels » et Nadine Morano qui entend protéger nos (potentielles) têtes blondes des « pédophiles potentiels », pas évident de s’y retrouver. Sans compter que dans ce monde où la menace est potentiellement partout, un « pédophile potentiel », pourrait très bien rencontrer sur le net un « délinquant potentiel »… Et là, cruel dilemme : qui enferme-t-on en premier ? Le pédophile présumé? Le délinquant possible ou alors le « potentiel » lui-même, source de tous nos maux ? Car aucune étude ne prouve aujourd’hui que le primo-délinquant potentiel repéré dès 3 ans n’est pas plus dangereux que le cyber-pédophile potentiellement récidiviste. Vous suivez?
« Cyber-pédophile toi même »
Plus sérieusement — quoique... — Nadine Morano a, dès sa prise de fonction, entamé un courageux combat qui ne pouvait que la servir. La traque des cyber-pédophiles serait sa priorité. Ainsi Nadine faisait d’une pierre deux coups. D'une part, elle s'attirait les faveurs d'une opinion dont l'ultra sensibilité à l’égard des crimes pédophiles confine parfois au délire médiatico-populaire, comme le décrit la journaliste Elisabeth Lévy sur le site causeur.fr dans un article sous-titré « L’enfance ça rend con. Surtout les journalistes ». Preuve qu'Outreau n'a finalament sevi à rien. D'autre part, en s’inscrivant parfaitement dans la démarche de Nicolas Sarkozy qui depuis le début de son élection n’aura eu de cesse de faire d’Internet la racine du Mal, Nadine Morano joue la parfaite bonne élève.
ParlonsNet 13 Marcella Iacub Morano, Internet et ses danger
par FranceInfo Le cyber Noël de tous les dangers potentiels
La dernière campagne de prévention lancée par le ministère de la Famille est à ce titre aussi éclairante que ridicule. Un clip caricatural sur les dangers du web qui sera diffusé au moment des fêtes de fin d’année. Tout y passe : violence, racisme, pédophilie, pornographie, jeux vidéo. A cause d’Internet, le diable s’est immiscé dans la chambre à coucher de vos innocentes têtes blondes.
Crimes pédophiles sur Internet ? Inconnu au bataillon
Dans un autre registre la place accordée à la pédophilie sur Internet sur le site du ministère du Travail, des Relations sociales, de la Famille et de la Solidarité laisse songeur. Sans parler des dizaines d’associations de protection de l’enfance qui pointent l’ignoble danger que constitue le web.
Chez les uns comme chez les autres, personne n’est capable de donner des chiffres concernant le nombre de crimes pédophiles qui font suite à une rencontre sur Internet. Tous en revanche souhaitent faire connaître le nombre de photos qui circulent sur le net. Un chiffre énorme, inquiétant, mais qui ne dit rien sur le nombre de passages à l’acte.
En fait, les rares estimations proviennent… des éditeurs de logiciels de « protection » qui évoquent 10 à 15% de la totalité des crimes commis. Comment arrivent-ils à ce chiffre ? Par une soustraction assez étrange : 75 à 80% des actes pédophiles étant commis dans le cadre familial – des statistiques qui n'ont rien de «potentielles», mais que notre secrétaire d’Etat à la Famille évoque rarement — le reste doit bien venir de quelque part. Suivez mon regard. Et si en plus, cela peut faire vendre des logiciels…
Le service technique de recherches judicaires et de documentation de la gendarmerie nationale (STRJD) n’en sait guère plus et avoue ne pas prendre en compte ce type de critères dans ses statistiques mais précise que la surveillance du réseau par les services spécialisés a effectivement permis l’identification de filières pédophiles.
Fin novembre 2008, pour la première fois, un groupe de chercheurs de l’université de Californie du Sud et de l’Université de Berkeley a publié une étude menée pendant 3 ans, portant sur environ 800 adolescents américains et notamment sur leur capacité à s’y lier à des individus qui pourraient constituer une menace (quelle qu'elle soit) pour eux. « Au cours de nos recherches, les ados mentionnent rarement ces menaces (sauf pour évoquer la crainte de leurs parents), mais une minorité font état d’interactions négatives avec des adultes, de type prédateurs, en ligne », souligne la sociologue C.J. Pascoe .
L’étude nuance la menace pédophile, arguant que les jeunes sont mieux armés que ne le pensent les adultes pour éviter les pièges. « Si l’anonymat d’Internet exacerbe les comportements pervers, les prédateurs ne le deviennent que dès lors qu’ils agissent sur le monde réel », conclut le rapport. Le bon sens, comme dirait la collègue de Nadine Morano, Rachida Dati.
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